36 800 euros. Ce n’est pas un chiffre sorti d’un chapeau, mais bien le seuil qui autorise la micro-entreprise à ignorer la TVA. Derrière ce chiffre, un système réglementé à la décimale près, où chaque statut impose ses propres règles du jeu, parfois à rebours du bon sens. L’EURL, par exemple, fait payer son affiliation sociale, même quand le compte d’exploitation reste désespérément vide. La SASU, elle, promet une couverture sociale taillée pour les salariés, mais au prix fort, loin devant le statut du travailleur indépendant.
Les écarts entre régimes s’avèrent parfois déroutants. Un abattement fiscal ici, une exonération là, des taux de cotisation qui varient selon l’humeur du législateur : le coût réel d’un statut ne se résume jamais à une simple addition. À chaque choix, sa logique, ses avantages, ses pièges. Le dirigeant doit composer avec une mécanique complexe, où l’arbitraire fiscal croise la réalité sociale.
Les statuts d’entreprise en France : panorama express pour s’y retrouver
En France, le menu des statuts juridiques a de quoi donner le vertige. Choisir, c’est arbitrer entre protection, fiscalité, gestion et ambitions. Voici les principales formules à connaître pour s’orienter :
- La micro-entreprise attire avec ses démarches minimalistes, ses taux de charges proportionnels au chiffre d’affaires et une gestion presque déconcertante de simplicité. Mais cette facilité a un revers : aucune charge n’est déductible et les plafonds de chiffre d’affaires freinent vite les élans de croissance.
- L’entreprise individuelle (EI) offre la possibilité d’opter pour le régime micro ou le régime réel. Les cotisations sociales y sont plus élevées, mais la gestion reste directe, à condition d’accepter que le patrimoine personnel soit exposé, sauf si l’on prend soin de le protéger officiellement.
- L’EURL, version solo de la SARL, introduit la notion de responsabilité limitée. Ici, le gérant cotise en tant qu’indépendant, avec des prélèvements sociaux autour de 45 % du revenu net. La gestion demande un peu plus de rigueur, mais la protection du patrimoine rassure, surtout en cas de pépin.
- La SASU permet de bénéficier du régime général de la sécurité sociale, à la manière d’un salarié. La protection sociale grimpe, les cotisations aussi, elles s’appliquent dès la première rémunération. Particularité : les dividendes échappent aux cotisations sociales, mais sont soumis à l’impôt via la flat tax et les prélèvements sociaux.
Le portage salarial s’adresse à ceux qui veulent conjuguer autonomie et statut salarié. Cette formule séduit par sa couverture sociale complète et la sécurité face au chômage, même si les frais de gestion viennent alourdir la note.
Changer de statut n’a rien d’anodin : passer d’une EURL à une SASU impose formalités, annonces légales et facture d’immatriculation. Le choix du statut va bien au-delà de la question de coût : il détermine la gouvernance, la fiscalité, la couverture sociale et la capacité d’attirer de futurs partenaires.
Quel statut coûte vraiment le moins cher ? Décryptage des charges et frais cachés
Comparer les statuts, c’est affronter une jungle de chiffres : charges sociales, impôts, frais cachés… Rien n’est simple. La micro-entreprise affiche des prélèvements sociaux attractifs, de 6 % à 22 % du chiffre d’affaires selon l’activité,, mais gare à la contrepartie : impossible de déduire vos frais réels, pas d’amortissement, pas de récupération de TVA. Tant que les recettes restent modestes et les investissements limités, la formule tient la route. Dès que le volume d’affaires ou les besoins grimpent, la limite apparaît.
L’EURL ou l’entreprise individuelle au régime réel fonctionnent différemment : les cotisations sociales tournent autour de 45 % du revenu net, ce qui reste raisonnable, mais la protection sociale s’en ressent. Même sans se verser de revenu, l’EURL impose un minimum de charges sociales. À surveiller également : au-delà de 10 % du capital social, les dividendes sont assujettis eux aussi aux cotisations sociales.
La SASU se distingue : ici, le président bénéficie de la protection sociale du salarié, mais les charges sociales atteignent près de 80 % du salaire net. Avantage : les dividendes ne supportent aucune charge sociale, seulement une imposition via la flat tax et les prélèvements sociaux. Un dispositif avantageux, à condition de générer suffisamment de bénéfices à distribuer. En l’absence de rémunération du président, pas de charges sociales, mais il reste la CFE et les frais de gestion habituels à régler.
Pour le portage salarial, le calcul est limpide : comptez entre 5 et 10 % de frais de gestion et un revenu net qui représente généralement la moitié du chiffre d’affaires HT. Au final, la micro-entreprise reste la voie la moins coûteuse pour tester une activité légère, tandis que l’EURL s’impose dès que le revenu net se stabilise et que l’ambition de croissance prend le dessus.
Micro-entreprise, EURL, SASU… à qui s’adressent ces options et dans quels cas sont-elles avantageuses ?
La micro-entreprise se révèle idéale pour qui débute, souhaite tester une idée ou recherche un complément de revenu sans se noyer dans les démarches. Consultants, créateurs, commerçants en ligne : tous profitent d’une structure légère, à condition de ne pas dépasser les plafonds, 77 700 € pour les services, 188 700 € pour la vente de biens. Simplicité, rapidité, peu d’obligations… mais pas de miracle si l’activité prend de l’ampleur.
L’EURL s’adresse à celles et ceux qui visent plus loin : freelances avec des revenus réguliers, entrepreneurs qui veulent déduire des charges réelles ou investir dans leur activité. Ce statut protège le patrimoine privé, autorise le choix de l’imposition (IR ou IS) et permet une gestion relativement directe. Le gérant reste affilié au régime des travailleurs non salariés, avec des cotisations modérées mais une couverture sociale limitée.
La SASU vise un autre public : profils en recherche de sécurité sociale maximale, ou qui envisagent de faire entrer de futurs associés. Le président, assimilé salarié, profite d’un régime social supérieur, mais doit accepter des charges significatives. Ce statut se révèle pertinent pour les projets à fort potentiel ou ceux qui nécessitent la perception de l’ARE (allocations chômage) en cas d’absence de rémunération du dirigeant.
Pour aider à y voir plus clair, voici quelques pistes pour trancher :
- Optez pour la micro-entreprise si vous souhaitez démarrer rapidement sans investissement lourd.
- L’EURL convient dès que le chiffre d’affaires franchit les plafonds, ou si la déduction des charges prend un rôle central dans votre activité.
- La SASU devient la solution naturelle pour maximiser la protection sociale ou préparer une croissance structurée.
Des conseils pratiques pour choisir le statut le plus économique selon votre projet
Le choix du statut juridique repose d’abord sur une évaluation très honnête de votre activité, de vos perspectives de revenus et de votre tolérance à la gestion administrative. La micro-entreprise brille par sa rapidité de création et ses charges sociales allégées, mais interdit toute déduction de frais réels : la TVA, l’amortissement du matériel ou les notes de frais ne passeront pas. L’ambition doit s’adapter à son plafond de chiffre d’affaires.
L’EURL devient pertinente lorsque les dépenses professionnelles augmentent ou que les recettes dépassent les seuils de la micro-entreprise. Ce statut permet un vrai travail d’optimisation : charges sociales concentrées sur la rémunération, déduction des frais, choix de la fiscalité (impôt sur le revenu ou sur les sociétés). Attention toutefois aux dividendes, toujours soumis aux cotisations sociales au-delà du seuil de 10 % du capital social.
La SASU ouvre d’autres perspectives : statut social du salarié pour le président, couverture sociale renforcée, mais cotisations nettement plus élevées, environ 80 % du salaire net. Les dividendes, eux, échappent aux charges sociales, mais sont imposés à la Flat Tax. Pour ceux qui visent une croissance rapide ou une sécurité sociale maximale, la SASU s’impose sans hésitation.
Pour ne rien laisser au hasard, voici quelques recommandations à suivre :
- Consultez un expert-comptable pour simuler vos flux financiers et faire des choix éclairés entre simplicité, fiscalité et protection sociale.
- Pensez à anticiper le coût d’un changement de statut : transformer une EURL en SASU nécessite des démarches administratives et un budget non négligeable.
- Évaluez la flexibilité souhaitée : un président non rémunéré en SASU peut conserver ses droits à l’ARE, ce qui reste impossible en EURL.
Choisir un statut, c’est écrire la première page de son aventure entrepreneuriale. À chacun de tracer sa route, avec lucidité, ambition, et l’envie de maîtriser les règles plutôt que de les subir.


